La forêt française continue de s’étendre. Elle couvre désormais 17,6 millions d’hectares et représente près d’un tiers du territoire. Le volume de bois sur pied atteint un niveau inédit de 2,8 milliards de m³. À première vue, ces chiffres pourraient laisser penser que la forêt se porte bien.
La septième édition des Indicateurs de gestion durable (IGD), publiée par l’Observatoire des forêts françaises et l’IGN, montre pourtant une réalité plus complexe. Les forêts françaises continuent de produire, mais elles s’affaiblissent sous l’effet des sécheresses répétées, des crises sanitaires, des tempêtes et des déséquilibres biologiques. Les données sont disponibles sur le site de l’Observatoire des forêts françaises : https://observatoire.foret.gouv.fr/indicateurs-gestion-durable ainsi que sur celui de l’IGN : https://www.ign.fr/institut/espace-presse/les-forets-francaises-en-2026-une-gestion-durable-lepreuve-des-changements-globaux.
Produire du bois reste indispensable
Les indicateurs rappellent une réalité souvent absente du débat public : la forêt française continue de produire davantage de bois qu’il n’en est récolté.
Après prise en compte de la mortalité naturelle, environ 73 % de l’accroissement biologique est aujourd’hui mobilisé. Le stock de bois continue donc d’augmenter. La récolte annuelle demeure stable autour de 57 millions de m³, dont 39 millions de m³ commercialisés.
Ces chiffres confirment qu’une gestion durable ne consiste pas à laisser vieillir les peuplements sans intervention. Au contraire, la récolte fait partie intégrante de la sylviculture. Elle permet d’accompagner le renouvellement des peuplements, d’orienter leur composition et d’alimenter une filière qui fournit des matériaux renouvelables, stocke du carbone et remplace des produits plus émetteurs.
Le véritable signal d’alerte concerne le renouvellement
L’enseignement le plus marquant des IGD n’est pas la progression de la surface forestière. Il réside dans le ralentissement de sa dynamique.
La production biologique diminue tandis que la mortalité augmente fortement. Les attaques de pathogènes ont progressé de 175 % depuis 2015. La mortalité annuelle atteint désormais 15,2 millions de m³, soit une hausse de 125 % en une décennie. Dans le même temps, la vitesse d’accumulation du carbone ralentit sensiblement.
Autre constat préoccupant : les peuplements comportent de plus en plus de gros et très gros bois, tandis que les jeunes classes de diamètre deviennent moins abondantes. Cette évolution traduit les difficultés croissantes de renouvellement de certaines forêts, accentuées par les sécheresses, les dépérissements et, dans de nombreux territoires, par une pression excessive des grands ongulés sur la régénération.
Les exploitants forestiers sont des acteurs de l’adaptation
Face à ces évolutions, les exploitants forestiers occupent une place essentielle.
Ils permettent la mobilisation des bois dépérissants, rendent possibles les travaux de renouvellement, approvisionnent les industries de transformation et participent directement à l’adaptation des forêts aux nouvelles conditions climatiques.
Les IGD rappellent également que les marges de mobilisation demeurent importantes, notamment dans certaines forêts privées où le morcellement foncier, l’accessibilité ou l’absence de documents de gestion durable limitent encore les interventions. Transformer ce potentiel en réalité suppose des entreprises forestières performantes, des investissements, des dessertes adaptées et des politiques publiques cohérentes.
Préserver la forêt passe aussi par une filière économique forte
La filière forêt-bois représente près de 200 000 emplois, 47,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 16,5 milliards d’euros de valeur ajoutée. Pourtant, son poids relatif dans l’économie française diminue et la France demeure importatrice nette de produits bois.
Ce paradoxe doit interroger. Alors que la ressource existe, une partie de la valeur ajoutée continue d’être créée à l’étranger faute d’outils industriels suffisants ou de capacités de transformation adaptées. Renforcer la compétitivité de la filière, moderniser les entreprises et sécuriser l’approvisionnement des industries constituent donc des enjeux aussi importants que la préservation des peuplements.
Les nouveaux indicateurs publiés par l’IGN montrent finalement que la question n’est plus de choisir entre exploitation et protection des forêts. Le véritable défi consiste à conduire une gestion durable capable de renouveler les peuplements, de renforcer leur résilience face au changement climatique et de valoriser une ressource renouvelable indispensable à la décarbonation de notre économie. Les exploitants forestiers sont pleinement engagés dans cette ambition.

