La forêt française est au cœur de nombreux débats : changement climatique, prévention des incendies, biodiversité, filière bois ou encore décarbonation. Les textes législatifs se multiplient, mais, pour le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB), une réalité est trop souvent oubliée : une forêt se protège avant tout sur le terrain, pas uniquement par la réglementation. Le syndicat s’inquiète notamment de deux récentes propositions de loi portant sur l’adaptation des forêts au changement climatique et sur la création d’une nouvelle filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les matériaux bois.
Si leurs objectifs sont jugés légitimes, le SEFB regrette l’absence de véritable concertation avec les professionnels de la filière. Le premier constat est simple : près de 75 % des forêts françaises appartiennent à des propriétaires privés. Ce sont les exploitants forestiers qui assurent quotidiennement les travaux de récolte, d’entretien, de renouvellement et de sécurisation des massifs. Renforcer les moyens de l’Office national des forêts ne doit donc pas occulter le rôle essentiel de ces entreprises. Or, leur activité est de plus en plus contrainte. Les normes environnementales, les procédures administratives et les restrictions liées aux espèces protégées réduisent fortement les périodes de travail. Entre les arrêtés préfectoraux pris lors des fortes chaleurs, les limitations imposées pendant plusieurs mois pour préserver la faune et les contraintes liées aux zones protégées, les exploitants disposent de peu de temps pour intervenir. Cette situation soulève une contradiction.
Alors que les incendies deviennent plus fréquents et plus violents, ceux qui entretiennent les parcelles, retirent les arbres dépérissants, évacuent les bois morts et entretiennent les pistes forestières sont régulièrement empêchés d’agir. Selon le SEFB, ce manque d’entretien favorise l’accumulation de combustible et augmente les risques de propagation des feux. À ces difficultés s’ajoutent des enjeux économiques. Les exploitants supportent chaque année des coûts importants liés aux aléas climatiques, tandis que l’application prochaine du règlement européen contre la déforestation (RDUE) alourdira encore les démarches administratives. La création d’une nouvelle REP représenterait, selon eux, une charge supplémentaire pour une filière déjà fragilisée. Le SEFB plaide ainsi pour des mesures pragmatiques : simplifier les procédures, mettre en place un dispositif d’indemnisation des aléas climatiques, reconnaître officiellement le rôle des exploitants dans la prévention des incendies, leur permettre d’intervenir lorsque les conditions le permettent et faciliter l’accès au cadastre pour identifier les propriétaires de parcelles abandonnées. Pour le syndicat, la forêt française ne sera pas préservée par une accumulation de normes, mais grâce à une gestion active, durable et fondée sur l’expertise de ceux qui l’entretiennent au quotidien. Restaurer la confiance envers les professionnels apparaît, selon lui, comme une condition essentielle pour adapter les forêts aux défis climatiques et renforcer leur résilience face aux incendies.

