Alors que la saison estivale s’ouvre sur des feux de nombreux massifs français, le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB) attire l’attention des pouvoirs publics sur un paradoxe majeur : les professionnels qui entretiennent la forêt au quotidien sont, une grande partie de l’année, empêchés de le faire car la réglementation actuelle les empêche de travailler, surtout au printemps, période la plus à risque.
Les exploitants forestiers sont présents en forêt (privée) chaque jour. Ils récoltent, nettoient, dégagent les chablis, ramassent les arbres tombés sur les dessertes. Ils connaissent les forêts mieux que quiconque. C’est précisément cette présence quotidienne qui fait d’eux le premier rempart contre le risque incendie en forêt privée.
La gestion préventive du risque incendie repose notamment sur l’entretien régulier des massifs. Les bois secs s’accumulent, les sous-bois s’épaississent, les parcelles mal entretenues deviennent des poudrières. Les coupes, y compris certaines coupes rases (coupes sanitaires et d’arbres en dépérissement), dénoncées par certaines associations, sont bien souvent des actes de prévention.
Une réglementation qui paralyse et met la forêt en danger
À l’heure où la prévention des incendies de forêt appelle une mobilisation collective, les exploitants forestiers se trouvent dans une situation paradoxale : les contraintes réglementaires qui encadrent leur activité les empêchent de travailler pendant une partie significative de l’année, y compris au printemps, période décisive pour préparer les massifs à la saison estivale.
Les arrêtés préfectoraux pris en cas de forte chaleur ou de tempête représentent entre 40 et 50 jours d’arrêt de travail par an. L’interprétation de l’article L. 411-1 du Code de l’environnement, transposant en droit français deux directives européennes (directive Habitats et directive Oiseaux), conduit à assimiler tout chantier forestier à une menace pour la biodiversité du 15 mars jusqu’au 15 août. La superposition des normes (Natura 2000, ZNIEFF, espèces protégées…) alourdit encore la charge administrative et contraint les accès à la forêt.
Au total, c’est sur six mois environ que les exploitants forestiers peuvent réellement travailler dans de bonnes conditions. Ce n’est pas tenable. Et les conséquences sont visibles : de nombreuses forêts qui devraient être entretenues ne le sont pas.
Nos propositions :
Le SEFB demande aux pouvoirs publics :
- D’autoriser les exploitants forestiers à entretenir les massifs tout au long de l’année, surtout pendant la période du 15 mars au 15 août,
- De permettre aux exploitants forestiers d’alerter et d’informer les propriétaires ou les autorités compétentes sur les parcelles présentant un risque d’incendie avéré. Pour cela il faut leur donner l’accès au cadastre pour faciliter l’identification des propriétaires (modification de la loi du 28 février 2022) ;
- De reconnaître formellement le rôle des exploitants forestiers dans la prévention des incendies et l’adaptation de la forêt au changement climatique.
« « La forêt brûle en partie parce qu’elle n’est pas assez bien entretenue. Les bois secs et dépérissant doivent être retirés, les dessertes forestières dégagées pour que les secours puissent y circuler, les parcelles abandonnées débroussaillées. C’est le travail élémentaire de prévention des incendies et c’est précisément ce que font les exploitants forestiers dans les forêts privées.
Or, en les empêchant de travailler du 15 mars au 15 août au titre de la réglementation sur les espèces protégées, ces mêmes espèces et des milliers d’hectares de forêt sont exposés à des incendies dévastateurs l’été. C’est une véritable contradiction.
Je demande aux pouvoirs publics de nous laisser travailler tout au long de l’année. C’est une condition nécessaire pour que la forêt française soit entretenue et en état d’affronter les étés à venir. »
David Caillouel, président du SEFB

