Forêts en feu, forestiers à terre, jusqu’à quand ?

27 juillet 2026 | Communiqués

Depuis le début du mois de juillet, plus de 50 000 hectares ont brûlé en France. Face à cette tragédie, de nombreux exploitants forestiers, acteurs de la prévention incendie sur le terrain, prêtent main forte aux pompiers et à la population locale dans un élan de solidarité. Les autres sont contraints à l’arrêt dans une grande partie du territoire. Le SEFB alerte les pouvoirs publics sur le rôle majeur des forestiers dans la prévention des feux de forêt et formule deux demandes urgentes.

Le SEFB souhaite, avant toute chose, adresser son soutien le plus sincère aux populations touchées par les incendies, aux élus locaux, aux habitants évacués, et tout particulièrement aux sapeurs-pompiers qui se battent sans relâche pour protéger des vies et des forêts. Trois d’entre eux ont perdu la vie depuis le début de l’été. Leur sacrifice commande respect et recueillement.

Moduler les arrêtés préfectoraux : Faire confiance aux forestiers, de grands professionnels

La multiplication des arrêtés préfectoraux conduit aujourd’hui à l’arrêt total des activités forestières dans une partie importante du territoire. Or les exploitants forestiers ne sont pas des usagers ordinaires de la forêt. Ce sont des professionnels aguerris, formés aux risques, qui connaissent les massifs et représentent, sur le terrain, une véritable force de prévention. Retirer les bois dépérissants, évacuer les chablis, dégager les dessertes pour que les camions de pompiers puissent y circuler : c’est aussi la meilleure prévention incendie qui soit.

Le SEFB ne remet pas en cause la légitimité des mesures de précaution par ces arrêtés préfectoraux. Il demande que les autorités distinguent les professionnels de la forêt des usagers ordinaires, et que ces mesures soient proportionnées à la nature réelle du risque qu’ils représentent.

Si la méthode retenue par les pouvoirs publics est celle du « zéro risque », alors un dispositif d’aide d’urgence doit être mis en place rapidement pour sécuriser nos entreprises rurales empêchées de travailler.

En effet, on ne peut plus demander aux exploitants forestiers de supporter seuls le coût des décisions de précaution prises par l’État. Suspendre l’activité de ces entreprises par arrêté préfectoral engage la responsabilité de l’État envers ces entreprises. Un dispositif de compensation doit accompagner ces interdictions de travail imposées pour raison climatique.

Inscrire la caisse d’intémpérie dans le PLF 2027 : une urgence absolue

La situation de cet été n’est pas un accident isolé. Elle est l’expression amplifiée d’une fragilité structurelle que le SEFB dénonce depuis des années.

Les exploitants forestiers sont parmi les professionnels les plus exposés aux aléas climatiques en France et les seuls à ne disposer d’aucun filet de sécurité quand ils sont contraints à l’arrêt. Pas d’indemnisation, pas de mécanisme de compensation, les charges courent, les salaires doivent être versés, les traites des machines honorées. La trésorerie de ces petites entreprises rurales est exsangue, notamment depuis l’inflation énergétique des mois précédents.

Le Parlement s’était saisi de cette question. Un amendement adopté par les sénateurs dans le cadre du PLF 2026 prévoyait la création d’une caisse d’intémpérie pour les opérateurs forestiers, financée par un abondement public d’amorçage et le fléchage d’une fraction de la contribution volontaire obligatoire (CVO) de la filière bois. Or, cette mesure a été supprimée lors du recours au 49.3 gouvernemental.

Si cette caisse d’intempérie n’est pas inscrite dans le PLF 2027, une partie de nos entreprises ne s’en relèvera pas. C’est une réalité économique que cet été est en train de démontrer de manière cruelle.

« Je demande formellement au Gouvernement et au Parlement, d’inscrire dans le budget pour 2027, la création d’une caisse d’intempérie pour les opérateurs forestiers, sur un modèle assurantiel à double financement. C’est le seul dispositif capable de garantir la pérennité de nos entreprises rurales face aux aléas climatiques, de préserver l’emploi rural et de maintenir la capacité d’entretien de nos massifs.

Sans ce dispositif d’urgence, nos entreprises disparaitront. C’est une réalité qui a déjà commencé. Nous ne sommes pas armés face aux aléas climatiques qui conduisent les préfets à suspendre nos activités forestières dans une grande partie de nos territoires.

Les exploitants forestiers demandent uniquement de pouvoir faire leur métier. Les priver de travailler, c’est priver nos massifs d’entretien, c’est priver la ruralité d’une partie de son maillage économique, et c’est priver une filière déjà en grande difficulté de sa capacité à approvisionner le pays. »

David Caillouel, Président du SEFB