Depuis le début de l’année, la France a connu des intempéries majeures. La Bretagne par exemple, a connu quarante jours de pluie sans discontinuer. Dans le Morbihan et le Finistère, des records historiques de précipitations ont été enregistrés. Conséquence directe de ces intempéries : près de 90 % des machines forestières furent à l’arrêt.
À Carhaix, deux exploitants forestiers, membres du SEFB (Syndicat des Exploitants Forestiers de la Filière Bois) ont témoigné dans le quotidien Ouest France (voir article ci-joint), leurs difficultés, dues aux chantiers paralysés pendant plus d’un mois. Une abatteuse représente un investissement de 600 000 €, un porteur près de 400 000 €. Lors de ces intempéries, ces équipements sont immobilisés depuis plus de 40 jours, les charges continuent de courir, les équipes sont maintenues, et les trésoreries s’épuisent.
Lorsque l’amont ne peut plus sortir de bois de la forêt, c’est l’ensemble de la chaîne qui est fragilisée : scieries, industries de transformation, emplois locaux. Les opérateurs forestiers, acteurs majeurs de l’économie des territoires ruraux, se trouvent aujourd’hui directement menacés.
Et pourtant, les exploitants forestiers ne disposent d’aucun dispositif d’indemnisation spécifique en cas d’intempéries.
D’autres professions, notamment le secteur du bâtiment ou les agriculteurs, souffrent également des aléas climatiques. Mais elles bénéficient de mécanismes structurés d’accompagnement. Pourquoi un tel filet de sécurité n’existe-t-il pas pour les opérateurs forestiers (Entrepreneurs de travaux forestiers et exploitants forestiers) ?
Les exploitants forestiers font face à une accumulation de difficultés :
- intempéries à répétition sans mécanisme de compensation,
- multiplication des arrêtés préfectoraux bloquant les chantiers forestiers (en été avec la chaleur, en hiver lors de tempêtes…)
- interruptions liées à la période de nidification au printemps (15 mars au 15 août),
- recrudescence d’actes malveillants sur les chantiers,
- interruption de chantiers par des activistes ou des associations de riverains (voir article Ouest France ci-joint),
- pression réglementaire croissante (superpositions de loi freinant l’activité forestière)
- intensification des contrôles administratifs dans les entreprises (lourdeur administrative épuisante)
- absence totale de dispositif de sécurisation économique.
Le projet de caisse d’intempéries forestière, adopté au Sénat dans le cadre du projet de loi de finances, visait à créer un fonds d’urgence pour les opérateurs forestiers confrontés à des aléas climatiques exceptionnels. Ce mécanisme, raisonnable et cofinancé par la profession avec un soutien public limité, a finalement été supprimé lors du recours au 49.3.
Aujourd’hui, les entreprises sont fragilisées, isolées, à bout.
« J’en appelle solennellement à la responsabilité des pouvoirs publics : Préfets, ministère de la Transition écologique, ministère de l’Économie et des Finances, Premier ministre, élus et parlementaires. Si la France souhaite une forêt entretenue, notamment pour des raisons de sécurité et de prévention des incendies, une ressource mobilisée, une filière bois compétitive et des territoires ruraux vivants, il est urgent d’apporter un soutien structurel à l’amont de la filière bois, car nos entreprises sont aujourd’hui au bord de la rupture. » déclare le Président du SEFB, David Caillouel.
Sans réponse rapide et adaptée, c’est tout un pan de l’économie rurale qui risque de vaciller.

