Dans une chronique diffusée sur Europe 1, Emmanuelle Ducros met en lumière un paradoxe français devenu central pour la filière bois : jamais la forêt n’a été aussi étendue… et jamais elle n’a été aussi difficile à gérer.
Une forêt plus étendue… mais sous-exploitée
La France compte aujourd’hui près de 17 millions d’hectares de forêt, soit environ un tiers du territoire. Cette surface a progressé d’environ 20 % en quarante ans.
Dans le même temps, la situation économique de la filière bois interroge profondément. Le pays demeure dépendant des importations de bois et de produits dérivés, tandis que la balance commerciale accuse un déficit important. Parallèlement, les acteurs de terrain rencontrent des difficultés croissantes pour exploiter et transformer le bois pourtant disponible sur le territoire national.
Ce contraste révèle une réalité simple : la ressource existe, mais elle devient de moins en moins mobilisable.
Une vision déconnectée de la réalité forestière
Le débat public tend à figer la forêt dans une vision statique, où toute intervention humaine serait perçue comme une atteinte à la nature.
Or, une forêt est un écosystème vivant et dynamique. Elle se plante, elle grandit, elle se récolte et elle se renouvelle. Les forêts dont nous bénéficions aujourd’hui sont le fruit du travail des générations précédentes, qui ont planté, entretenu et géré ces espaces dans la durée.
Refuser aujourd’hui les coupes et les replantations revient à compromettre la forêt de demain. La gestion durable suppose au contraire d’accepter des interventions raisonnées, de renouveler les peuplements, d’adapter les essences aux évolutions climatiques et de mobiliser le bois comme matériau renouvelable.
L’empilement normatif : un frein majeur
Au-delà des représentations, c’est surtout l’accumulation de normes qui fragilise concrètement la gestion forestière.
Certaines dispositions réglementaires créent des situations paradoxales. La notion de « destruction d’habitat potentiel d’espèce protégée », par exemple, peut théoriquement s’appliquer à une grande majorité des forêts françaises, puisqu’elles abritent toutes des espèces protégées. Dans ce contexte, une simple intervention forestière peut être juridiquement contestée.
De même, des opérations pourtant indispensables, comme le débroussaillement à proximité des zones habitées pour prévenir les incendies, peuvent se retrouver dans une zone d’incertitude juridique.
Ces mécanismes produisent des effets très concrets : ils créent une insécurité juridique permanente, ralentissent les chantiers et découragent les professionnels. À terme, c’est la structuration même de la filière qui se trouve fragilisée.
Une conséquence directe : importer ce que nous ne produisons plus
Lorsque le bois français n’est pas mobilisé, il est remplacé par des importations. Celles-ci proviennent souvent de pays où les exigences environnementales sont moindres, avec un impact potentiellement plus élevé sur les écosystèmes.
Ainsi, refuser la gestion locale de la forêt ne supprime pas la demande en bois. Cela conduit simplement à déplacer les impacts ailleurs, sans bénéfice réel pour le climat ou la biodiversité.
Remettre du bon sens dans la gestion forestière
Face à ces constats, une évidence s’impose : une forêt vivante est une forêt gérée.
Cela implique de retrouver une réglementation proportionnée, de reconnaître pleinement le rôle des exploitants forestiers et de s’appuyer sur la réalité du terrain. Il s’agit également de mieux articuler les objectifs de production, de biodiversité et de renouvellement, plutôt que de les opposer.
Le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois agit en ce sens pour défendre une gestion durable et active, une filière bois économiquement viable et une véritable souveraineté forestière.

